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Réflexions sur ma vie
Zen et potier, en 10 étapes
La base de ma poterie
Article paru dans Ceramics: Art and Perception - été 2002
Ce que je crois
Je suis un bol à thé
La cuisson du four
Le tournage des pots
Ma vie
Le 29 avril 2006,
Je suis reconnaissant envers la vie d'avoir pu rencontrer tellement de gens merveilleux!
Au cours de ma vie, j'ai rencontré une variété de gens, d'âges, sexes et nationalités différents. A chaque période de ma vie, j'ai fait diverses rencontres, dont certaines ont parfois été un peu pesantes, mais dont bien plus encore furent splendides et enrichissantes. J'ai également connu beaucoup d'accidents et de problèmes douloureux dans ma vie, mais avec le recul, ces incidents ont tous eu une grande influence sur moi à chaque période de ma vie. A présent que j'ai soixante ans, et toujours de bonne humeur, plein d'énergie et de curiosité, je réalise que j'ai eu beaucoup de chance depuis ma jeunesse, grâce à l'aide et au soutien de ma famille, amis et connaissances.
Lorsque j'étais enfant, ma famille s'efforçait toujours d'être agréable aux gens autour d'elle, et j'ai donc tout naturellement essayé moi aussi d'être aimable avec mon entourage.
Je suis persuadé que tout le monde a quelque chose à faire dans la vie et qu'il est important de s'influencer les uns les autres. Il me semble que le cours de nos vies est grandement déterminé par notre utilisation de ces influences mutuelles. Il y a environ un an, j'ai appris que je souffrais d'un cancer et les docteurs m'ont annoncé que j’avais 30% de chances de pouvoir vivre encore 3 mois. Grâce aux nouveaux traitements médicaux, aux mots d'encouragement du personnel hospitalier, d'amis du monde entier et bien sûr de ma famille, j'ai pu quitter l'hôpital après 10 mois d'hospitalisation. Probablement, Dieu ou Buddha ("une force de l'univers") me dit, de manière très exceptionnelle, "Vis encore un peu et profite bien de la vie!"
Je pense que j'ai toujours essayé de créer la beauté en me montrant fort et extraverti. Après avoir quitté l'hôpital, cependant, je souhaite me montrer chaleureux envers les gens autour de moi, et prêter particulièrement attention aux petits efforts, à un peu de sincérité, de courage et de vigueur. Tout le monde échoue. Nous n'avons pas d'autre alternative que de faire face à nos échecs avec persévérance et sincérité.
Je regrette de dire qu'il est peu probable que nous parvenions á la paix dans le monde grâce à une religion merveilleuse ou à quelques super-héros. Dans cette situation, j'aime à rêver que l'amitié chaleureuse et l'entraide, bien que petites, s'étendront peu à peu à travers le monde. Je crois aussi que leur base est dans nos sourires et nos visages souriants. Je souhaite offrir mon sourire à vous tous qui m'avez envoyé vos chaleureux sourires lorsque j'étais à l'hôpital.
Ce que je chéris avant tout, ce sont les merveilleuses relations humaines.
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Zen et potier, en 10 étapes
Etapes du zen:
- Vous décidez d’attraper votre vache favorite qui se trouve quelque part dans les champs. Vous apprenez des techniques de traque pour la retrouver.
- Vous examinez les champs et découvrez ses empreintes. Vous savez que la vache est proche.
- Vous regardez tout autour et apercevez votre vache préférée au loin.
- Vous parvenez à attraper votre vache, mais elle est encore sauvage.
- Vous passez du temps avec votre vache et lui enseignez à vous obéir.
- Vous rentrer des champs sur le dos de votre vache. Vous ne faites plus qu’un avec elle. Vous vous comprenez l’un l’autre et un fort lien existe entre vous.
- Vous libérez votre vache de son collier et vous affairez à d’autres tâches, tandis que la vache reste proche de vous et de la ferme.
- La vache reste proche de la ferme mais elle redécouvre la liberté et ne vous suit plus, ni en corps ni en esprit.
- La vache et vous pensez à présent de manière indépendante et vous êtes tous deux libérés de vos liens. Vous communiquez très naturellement et vivez ensemble en égaux.
- Vous devenez tout et rien.
Etapes pour le potier:
- Vous vous apercevez que vous appréciez les objets en céramique.
- Vous entamez l’étude de leurs formes, leur histoire et leurs usages.
- Vous décidez que la céramique devrait faire partie de votre vie, comme passe-temps ou en tant qu’apprenti.
- Vous devenez artisan. Vous avez des connaissances sur l’argile, les formes, les glaçures, les cuissons et la construction des fours. Vous êtes à présent capable de produire de la poterie.
- Vous savez utilisez la céramique pour rendre la vie plus belle. Vous vous efforcez de créer beauté et grâce dans votre travail, et le partagez avec d’autres.
- La céramique devient votre vie. Vous avez besoin d’exprimer vos idées, vos pensées et messages au travers de l’art céramique. Vous montrez ces pensées et messages lors d’événements et d’expositions de céramiques.
- La céramique vous a conduit à vous intéresser à d’autres domaines tels que le jardinage, la cuisine, la peinture, la musique et l’histoire. La poursuite des différentes connaissances devient égale et la céramique n’occupe plus une position centrale.
- Vous perdez votre connexion avec la céramique et vous submergez dans le monde naturel, en essayant de vivre sereinement et en paix avec les plantes et animaux autour de vous.
- Vous faites partie du monde naturel et savez que vous tenez une place égale avec tous les êtres vivants. Vous perdez votre individualité et tout comme le lapin qui nourrit l’aigle affamé, vous pourriez aussi donner votre vie pour une autre créature.
- Vous devenez tout et rien.
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La base de ma poterie
- Je prends toujours en compte la culture traditionnelle japonaise dans mon travail. L’histoire de la céramique, le flux du changement et les spécialités locales sont également très importantes.
La création céramique traditionnelle:
- Sélection et composition de bonnes argiles
- Créer de belles formes sur un tour
- Composer des glaçures.
- Agrémenter ses pièces d’images en sur-glaçures et sous-glaçures
- Réaliser une cuisson
- Construire des fours
- Je réfléchis toujours aux aspects esthétiques et pratiques des mes œuvres.
Ceci inclut la forme, le poids, la couleur, le design extérieur, la quantité et le stockage. Je pense aux différentes situations dans lesquelles mes pièces peuvent être utilisées (fêtes, cérémonies...). L’étude de l’héritage traditionnel est capitale.
- Je suis quelques principes fondamentaux dans mon travail:
- Obtenir une forme “agréable et amicale”.
Arriver à une forme, une texture et un poids accueillants pour l’œil et la main, comme un corps magnifique, confortable au toucher, agréable à tenir.
- Chercher une forme “puissante et sauvage”.
Les périodes de Kamakura, de Momoyama et l’esprit du Samurai résonnent dans des formes vives, sommaires et puissantes au toucher, telles un outil ou un sabre.
- Refléter l’environnement de la planète: Nature, relief, montagnes, roches...
Traduire la sensation du temps dans la nature, la formation des roches, cristaux, pierres précieuses...
- Produire une forme évocatrice de l’histoire et de nos ancêtres
- Renvoyer à un espace romantique et fantastique.
Faire sentir la prose et la poésie au travers de la pièce et de ses mystérieuses couleurs, de ses formes et matériaux.
- Utiliser des matériaux provenant d’amis proches et de voyages.
Les idées de ceux qui les produisent renaissent sous une autre forme dans mes propres œuvres. Je sens une énergie qui m’inspire émanant de ces pièces. Ces matériaux jouent un rôle d’intermédiaire entre les utilisateurs de mes pièces et moi.
- Pour moi, le four est comme un univers, dans lequel se déroule un Big Bang et naissent des comètes, galaxies et étoiles (mes œuvres).
Une cuisson est telle l’explosion d’un volcan, et mes pièces en sont la lave rocheuse. La poterie est une alchimie où nous créons des joyaux à partir d’argile, de flammes et cendres. Je suis le servant d’un dieu du feu !
- J’apprécie la symétrie, mais je trouve l’asymétrie plus attirante. En examinant de près, l’univers lui-même (le soleil, la terre, la nature…) est asymétrique. Tout fait parti de cette délicate distorsion. Notre univers est en équilibre avec la subtile beauté de la distorsion et de son rythme. La perfection ne me semble donc pas naturelle. Ma vie et mon travail doivent également être en équilibre avec la beauté et le rythme de cette distorsion. J’ai conscience que mon expression individuelle est le fruit de mes racines génétiques et de mon environnement. Mais au travers de mon travail, je peux transmettre la connaissance que j’ai des matériaux que j’utilise. Je peux aussi exprimer mes préférences et techniques, les expériences que j’ai vécues et ma sensation de l’énergie de l’univers. J’espère partager un espace de beauté au travers de ma céramique.
- Ma curiosité naturelle m’a conduit à explorer de nombreux domaines. J’ai aussi rencontré des gens merveilleux au travers de mes amis. Les amis sont mon plus important trésor. Je n’aurais pas pu accomplir autant tout seul. Quand mes amis sont à mes côtés, ils aident mon travail, directement et indirectement. La cuisson d’un four “Anagama” ne peut d’ailleurs pas se faire seul. J’ai eu la chance d’avoir des gens merveilleux pour m’aider. De manière générale, je ne crois pas que nous puissions vivre vraiment individuellement. Seul, je serais incomplet, tout comme le seraient mes amis. Chacun de mes amis possède une grande énergie, et ensemble, nous sommes complets. Je suis très reconnaissant de leur sollicitude, et je pense toujours à eux et à ce que je pourrais faire pour eux. Et quand nous nous rassemblons, nos efforts s’additionnent pour créer quelque chose de plus grand.
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Masakazu Kusakabe: Autour du thé
Article paru dans Ceramics: Art and Perception - été 2002
par Diane Chin Lui
Tenir un bol à thé de Masakazu Kusakabe, c’est tenir l’esprit quintessentiel de l’univers dans vos mains. Son épaisse et poreuse glaçure oribe est chaude au toucher tandis que les courbes et crevasses de votre paume et de vos doigts épousent confortablement les parois inégales du bol. La forme du pot et les couleurs verte et noire de la glaçure transmettent l’intensité et l’énergie de l’artiste. Vous pourriez également tenir un bol couvert d’une glaçure de cendres naturelle, résultat de l’heureuse rencontre du bol avec les cendres lors de la cuisson, qui produit une surface variant entre mat et brillant, semblable aux cieux remplis d’étoiles (figure 1). Kusakabe investit ses pots et ustensiles pour la cérémonie du thé de son amour de la nature, son intérêt pour l’astronomie et sa profonde spiritualité.
Kusakabe est un maître potier et constructeur de fours reconnu. Des gens des quatre coins du monde se retrouvent à son studio, une maison traditionnelle vieille de 100 ans reconvertie, pour admirer ses poteries, écrire des poèmes et regarder les étoiles depuis son petit observatoire. Lors d’une visite à son studio ou l’un de ses ateliers pratiques en Amérique, il conduira parfois une cérémonie du thé “informelle”, ce qui peut d’abord paraître antinomique. Bien qu’il ait été formé à l’art de la cérémonie du thé, lorsqu’il est en Amérique, il s’intéresse à l’essence de la cérémonie, l’esprit et la réciprocité de l’amitié, et il troque une cérémonie formelle contre une séance plus ludique et décontractée. Partager le thé avec Kusakabe signifie ouvrir son cœur et son esprit à la beauté de la nature et au partage d’une humanité commune.
Né en 1946 à Miharu, dans la préfecture de Fukushima au Japon, Kusakabe s’est intéressé à tous les aspects de l’art dès son enfance. Il a d’abord été formé comme peintre paysagiste à l’université de Iwate où il étudia les beaux arts et l’éducation. Après avoir reçu son diplôme en 1970, il a entamé sa carrière de professeur d’art dans un lycée de Soma, une ville de tradition potière située dans le nord du Japon. Il s’est alors intéressé à la céramique locale et a commencé à étudier cet art et son histoire de manière autodidacte. Une influence importante fut celle du potier japonais Tokuro Kato et de son livre intitulé Essais sur la céramique (Yakimono Zuihitsu).
Après beaucoup d’étude et de visites dans les villages potiers traditionnels du Japon, Kusakabe a construit un four à bois en 1971 et a commencé par pratiquer les cuissons à basse température de type raku. Il a ensuite pratiqué beaucoup d’autres formes de poterie japonaise, dont le style Seto avec une glaçure noire, le style Shino avec des dessins à l’oxyde de fer sous une épaisse couche de glaçure blanche crémeuse. Il a aussi expérimenté avec des styles japonais anciens comme un type de poterie Bizen appelé Hidasuki dans lequel de la paille de riz est enroulée autour et/ou placée entre les pots crus lors de la cuisson et qui présente de belles lignes rouges là où la paille touchait l’argile. Il s’est également essayé aux jarres de stockage de Shigaraki, avec leur petite embouchure et épaules rehaussées, couvertes de glaçures de cendres naturelle et présentant des particules de feldspath blanches dans l’argile, ainsi qu’aux formes brutes et irrégulières du style Iga qui rappelle la roche couverte de mousses, ou encore aux sculptures abstraites. En 1972, son intérêt pour les poteries de style Iga, Shigaraki et Bizen associées à la cérémonie du thé le conduisirent à l’étude des bols à thé, boîtes à thé, pichets et autres pots traditionnels japonais utilisés pour le thé (figures 2 et 3).
Kusakabe a une conscience esthétique qui s’affirme avec simplicité, de telle sorte que son travail est à la fois fort et élégant. Avec un effort musculaire contrôlé, il tourne et modèle la forme d’un bol à thé. Il le soulève ensuite dans le creux de sa main, alors qu’il est encore frais et malléable, et le maintient en l’air pour l’étudier. Avec l’inspiration du moment, il déforme alors les parois du bol pour lui donner une forme imparfaite qui exprime caractère et énergie (figure 4). Le bol est ensuite recouvert de glaçure et cuit. La glaçure et la forme ne donnent qu’une mince idée de la chaleur et de l’énergie créatrice contenue dans le bol. En tenant un bol à thé fini entre ses deux mains, on peut sentir à la fois la douceur et la force du pot. La présence invisible et l’esprit de Kusakabe est palpable lorsque l’on tient et passe ses doigts sur les courbes et inégalités des parois du bol. Le contact physique de l’utilisateur du bol complète l’expérience créatrice et nous encourage à poursuivre la méditation qui donna naissance au bol.
En 1975, Kusakabe a commencé à conduire des expériences sur la conception de fours de type anagama pour agrémenter ses pots des merveilleuses et expressives glaçures de cendres naturelles. Il a recherché le dessin qui permettrait d’obtenir le plus important dépôt de cendres possible. En 1977, il a construit un four “jagama” (four serpen t) a Namie dans la préfecture de Fukushima. Bien que la cuisson elle-même durât une semaine, le processus complet jusqu’au refroidissement et l’ouverture du four s’étendait sur 20 jours.
Kusakabe a continué l’étude des fours , et construisit en 1983 un four anagama de cinq mètres dans la ville de Ono. En 1985, il a acheté une vielle maison traditionnelle rurale à Miharu (préfecture de Fukushima) qui allait devenir son studio. Il y a d’abord construit un four anagama long de six mètres en 1987, puis six nouveaux fours ont suivi (le four anagama “Flammes dansantes”, un four à flammes renversées, un anagama de trois mètres, et trois petits fours à pétrole). Comme il vit près des montagnes, il n’a pas à se soucier de la fumée qui pourrait déranger les voisins.
Depuis 1995, Kusakabe a participé aux échanges internationaux avec les Etats Unis au travers d’expositions et d’ateliers animés conjointement avec Marc Lancet, professeur des beaux arts à l’université de Solano, Richard Carter, potier de Napa, et le potier David Caradori de Eau Claire (Wisconsin). À l’université de Solano en 1998, Kusakabe a construit un four à bois qui reprend le plan de son four anagama “Flammes dansantes” de son studio. Il a également en 2000 construit un autre four “Flammes dansantes” pour le nouveau studio de David Caradori.
Le four “Flammes dansantes” de Kusakabe est construit avec un motif de briques en damier qui permet aux cendres de s’accumuler et de tomber sur les pots (figure 5). L’irrégularité à l’intérieur du four encourage les forces créatrices du feu et des cendres alors qu’ils tourbillonnent et dansent à travers le four. Par opposition, dans un four à bois traditionnel classique, les flammes traversent généralement rapidement et directement le four à cause du courant d’air. Dans le four de Kusakabe, les murs intérieurs produisent plusieurs courants d’air qui conduisent les flammes à danser. Elles frappent les pots, rebondissent sur les briques proéminentes et reviennent vers les pots, encore et encore, de toutes les directions, augmentant ainsi l’interaction entre les cendres de bois et les pots et produisant des surfaces glacées naturelles riches en variations. Dans ses cuissons, il utilise du bois de pin pour son pouvoir calorifique important. Aujourd’hui, Kusakabe au Japon et Marc Lancet aux Etats Unis continuent à mener leurs expériences sur le dessin et la cuisson des fours.
A l’intérieur de l’univers du four “Flammes dansantes”, les gaz, flammes et cendres interagissent pour produire les depots de cendres qui fondent sur les pots et forment une glaçure naturelle aux tons verts et bruns, tandis que les flammes ajoutent des couleurs aux parties exposées de l’argile que la glaçure de cendres n’a pas atteintes. Les pots finis reflètent l’esprit de créativité de Kusakabe, son amour de la nature, sa conscience de la beauté et sa sensibilité pour la forme. Kusakabe a un jour dit, “Pour moi, le four est un univers en miniature. A l’intérieur se déroule un Big Bang où naissent de lumineuses comètes, galaxies et étoiles (mes pièces).” Sur un bol à thé cuit au bois, les gouttes de glaçure ressemblent à une nébuleuse dans le ciel noir ou encore aux étoiles filantes traversant le vide de l’espace, avec quelques tâches de glaçure qui constitueraient les étoiles d’une constellation lointaine, brillant de toute l’énergie et la passion du créateur. Pourtant, la glaçure de cendres naturelle se forme très aléatoirement. La vision et l’intérêt de Kusakabe pour l’univers et les autres mondes se projette dans l’argile et la glaçure pour exprimer son émerveillement et sa joie du caractère inconnu et inaccessible de l’espace.
Kusakabe estime que ses voyages en Amérique lui ont procuré une inspiration nouvelle et une liberté dans son travail par rapport aux frontières de la tradition. En combinant la beauté et la sensibilité de la cérémonie du thé japonaise avec l’esprit américain, Kusakabe crée des pots aux formes fortement sculptées, comme ses “tokuri” (bouteille à sake) dont il enfonce le centre pour constituer une profonde dépression, un espace vide. D’autres marques des distorsions subtiles qu’il opère se sentent en tenant les pots dans ses mains. Une ligne unique de glaçure qui coule de la lèvre jusqu’à la base du pot comme un éclair qui remplit le pot de la vitalité de son créateur. Ou comme dans l’œuvre "Konnichiwa" où le vase à fleur, composé dans la forte tradition de la forme en double gourde, s’incline avec une délicate spontanéité comme pour nous souhaiter “bonjour" (figure 7).
Au cours de ses visites en Amérique, Kusakabe a été foirtement impressionné par les paysages. Il a été inspiré par les formations rocheuses de granit brut de Yosemite, et la beauté et les couleurs du Lac Tahoe. Son sens de l’observation et son habileté technique lui permettent de transcrire ses sensations dans l’argile. Dans “Hanaire-Yosemite”, les falaises de granit brut de “Half Dome” réapparaissent sous la forme des parois anguleuses et irrégulières du vase à fleur (figure 8). Ou bien encore dans “Hanaire-Mexico”, les marches des pyramides se retrouvent dans les faces ondulées du pot (figure 9). Bien que les vases soient de taille réduite, les majestueuses parois créées par la nature ou l’homme ont inspiré Kusakabe. Ces petits pots présentent d’intenses formes, textures et surfaces qui renvoient aux paysages. Après la sensation d’indépendance ressentie en Amérique, il a également créé des pots pour la cérémonie du thé aux formes sculptées qui diffèrent des formes fonctionnelles du passé.
Dans son studio Yuhotobo (UFO), Kusakabe continue ses expériences sur les fours à bois et son observation astronomique. Les deux activités se fondent parfois car comme il le dit, “une cuisson est comme un volcan, une sorte d’alchimie, un Big Bang”. Que la pièce céramique soit un pot traditionnel ou une forme sculptée, ses créations artistiques célèbrent la beauté de l’imperfection et l’esprit de la spontanéité qui se produit dans l’environnement en combustion de ses fours.
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Ce que je crois
par Masakazu Kusakabe
- Je crois en l’harmonie ! Nous sommes tous amis, tous des camarades artistes ! Nous sommes tous des êtres merveilleux !
- Exerçons nos cinq sens et sans oublier le sixième.
- Les expériences fraîches et les échecs nous apportent de la joie de vivre et une grande énergie. Il faut s’entraîner !
- Etre lent et ferme permet d’aboutir à quelque chose d’artistique et profond (temps, température, flammes, cendres, etc.)
- Un geste instantané permet de produire une intense sensation de vie (marque de spatules, peintures à l’encre).
- Il faut rester conscient que ce sont les gens autour de nous qui nous gardent en vie.
- Faire de son mieux dans la situation donnée, que les conditions soient bonnes ou mauvaises. Etre inventif !
- Les conditions les pires procurent la satisfaction la plus grande lorsque les obstacles sont surmontés.
- J’apprécie la symétrie, mais je trouve l’asymétrie plus attirante. La nature elle-même, si on l’observe bien, est asymétrique (beauté de la distorsion, rythme).
- Faire quelque chose de manière plaisante n’est jamais fatigant et ennuyeux, c’est amusant !
- Il faut s’efforcer de changer et de s’améliorer petit à petit chaque jour avec un peu d’effort et de sincérité !
- Il faut s’efforcer de faire une petite chose avec un grand cœur, et de faire de grandes choses sans négliger un petit cœur (l’existence d’une minuscule fleur, par exemple).
- Etre en harmonie avec le mouvement de la nature (rythme naturel). Tenkouwa-kennari.
- Prendre du repos, même pour un court instant (se détendre, dormir).
- Garder l’esprit ouvert. "Sasukenei", une expression locale, signifie "Pas de problème, ne pas s’inquiéter !".
- Ecouter avec l’intention d’apprendre (la modestie d’apprendre de tout et tous).
- Sentir la sensation de transparence en observant le ciel nocturne (perception des images, de l’espace).
- Commencer par ce qui nous intéresse. "Hana-yori-dango", littéralement "les beignets avant les fleurs”, et qui signifie "la substance avant la décoration".
- La technique atteint la perfection en s’appropriant plus qu’en apprenant. On peut apprendre 85%, mais on peut s’approprier 100%.
- Il faut planter avant de récolter.
- Les étoiles brillent encore dans l’après-midi. Il ne faut pas oublier les endroits que nous ne pouvons pas voir.
- Nos faiblesses nous aident à changer et améliorer notre vie. Il faut s’efforcer de faire des choix justes ("mitate") et notre vie s’en trouvera meilleure.
- Les sensations saisonnières et les produits locaux sont des accessoires dans notre art.
- Regarder ses œuvres avec l’amour d’une mère pour son enfant qui grandit, en cherchant à nourrir l’intérieur et l’extérieur.
- S’appesantir sur un sujet vous en donnera une bonne compréhension, tandis que tourner sa tête dans toutes les directions ne vous apportera rien. Le plus important est de rester concentré.
- La capacité à réussir dépend en grande partie de la confiance en soi.
- Ne pas oublier les sensations pures de l’enfance.
- Il n’y a que peu de différence entre le beau et le laid, l’agréable et le déplaisant.
- Accepter nos douleurs les plus grandes nous conduira au sommet.
- Un homme qui comprend les sentiments féminins, et une femme qui comprend les sentiments des hommes, ont de fortes capacités créatrices.
- Les êtres spirituels vivent en tout. Chaque être a une raison à son existence.
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Essai: “Je suis un bol à thé”
par Masakazu Kusakabe - février 2007
Qui suis-je ?
Je suis un bol à thé.
Mon père est un potier, ami du dieu argile.
Ma mère est un four, amie du dieu du feu.
Ma demeure est là où il y a de l’eau.
Je ne suis qu’un simple bol à thé, utilisé pour boire, mais le Maître de la cérémonie du thé me voit comme une partie intégrante de la nature.
Le Maître du thé recherche constamment à réaliser des combinaisons surprenantes avec moi.
Le Maître dit : “C’est mitate”.
Quand le Maître me berce dans ses mains, je suis heureux.
Quand je sens le thé chaud en moi, je me sens satisfait.
Lorsque le Maître goûte le thé à mes lèvres, c’est comme un baiser.
Ma famille est grande. Mon frère aîné est très fort et unique.
Ma sœur aînée est belle et élégante.
Ma sœur cadette est mignonne et adorable.
Je veux être élégant, avoir un poids parfait et de bonnes proportions.
Le Maître me trouve séduisant car mes lèvres sont le seuil du monde. Elles possèdent le pouvoir de contenir ou de libérer le thé.
Le Maître apprécie ma conversation dans le mouvement de mes lèvres.
Ma ligne reflète mon histoire, ma mélodie et mon rythme intérieurs
Mon pied est la partie la plus importante car le poids de tout mon corps repose sur lui.
Si mon corps bouge, alors je dois déplacer mon équilibre sur mon pied. La forme et la taille de mon pied sont directement liées à la forme et au poids de mon corps.
Chaque corps et chaque pied peut être différent.
Mon intérieur est un espace confortable. Il y a un bassin, pour le lac formé par le thé.
Ce bassin doit accommoder le fouet confortablement et rendre heureux les habitants vivant près du lac quand ils le voient.
Tandis que je prends de l’âge, le Maître continue â s’occuper de moi. Je deviens vieux et plus sage sous sa protection. Mon lustre et ma résonnance évoluent et deviennent plus calmes et silencieux.
Le Maître connait tous mes trésors mais mon rêve serait de les partager avec le monde entier.
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Comment faire une cuisson au bois
par Masakazu Kusakabe - 2001
- Festival du feu. Le feu lie de nouvelles relations humaines et les entretient par la chaleur et le sentiment de paix de ses flammes.
- Il faut parler aux flammes et au four. Il faut reconnaître l’humeur du four.
- Si le remplissage du four a été bien fait, la cuisson est déjà terminée pour 80%. On peut imaginer le déroulement de la cuisson pendant que l’on remplit le four.
- Si l’on a de grosses pièces ou des pièces encore humides, le four doit évacuer cette humidité en conservant l’humidité à l’intérieur avec les trappes légèrement ouvertes, puis les trappes peuvent être pleinement ouvertes d’un coup.
- Lors de la cuisson, il faut insérer le bois avec respect. Le four aussi souhaite brûler de manière confortable.
- Il faut faire un planning pour la cuisson et les équipes qui se relaient.
- Il faut préparer les billes d’argile de séparation avant de commencer le remplissage du four.
- Il faut prévoir beaucoup de bois sec.
- On commence la cuisson avec la marée haute. Le bébé naît à la marée haute.
- Il faut commencer la première étape de la cuisson (kemuri-tousi/aburi) de manière lente. A l’étape suivante (semeaburi) on accélère le rythme progressivement.
- Pendant la première étape, on peut avoir une bonne idée de l’humidité à l’intérieur du four en approchant sa main de l’orifice de la flamme.
- Si l’on peut voir la suie disparaître dans le four, la température a atteint 450 degrés. Lorsque l’on atteint 600 degrés, on peut aller plus vite.
- Si une flamme s’échappe de l’orifice témoin, la température avoisine les 1150 degrés.
- Si l’on trouve et s’aligne sur le rythme du four, la température montera de manière régulière.
- Le four est la mère, les pots sont les enfants. Tandis que le four couve les bébés à naître, il faut lui donner de belles musiques et de jolies histoires.
- Pendant l’étape "nerasi", il faut poursuivre la cuisson en essayant d’observer la surface des pièces avec sensibilité.
- Quand on sent que le four monte en température de manière régulière, il faut continuer sur le même rythme en utilisant l’énergie du four.
- Si le four refuse de monter en température, il faut attendre patiemment l’énergie du four.
- Quand il fait froid autour du four, on peut faire monter la température très facilement.
- Jouons et dansons avec le four. Nous chantons avec les flammes et écoutons leur mélodie.
- Si l’on voit les flammes sortir de la cheminée, la cuisson est proche de son stade final.
- Les pièces accumulent différentes sortes de cendres et d’effets de flammes, tout comme dans notre vie, nous accumulons des rêves et tentatives pour rendre notre vie merveilleuse.
- Les pots situés près du bois et des cendres présentent souvent des effets très intéressants et séduisants. Ce sont les cadeaux du feu !
- La texture et la couleur des pièces déterminent quand il faut arrêter la cuisson.
- Il faut penser à la cuisson suivante lorsque l’on vide le four. Le vidage du four est le meilleur des professeurs.
- Il faut nettoyer la place du four et les outils une fois le vidage terminé.
- Les flammes sont un pinceau et les pots sont la toile. La céramique est un art du feu.
- On fait la cuisson du four, et non celle des pièces. Lors de la cuisson, le four est notre pièce principale.
- Les pots finis sont le résultat du processus de cuisson. On ne peut obtenir davantage sans un processus de cuisson.
- Il faut bien comprendre que c’est le four et pas nous qui cuit les pots. Il faut avoir conscience que le dieu du feu (l’esprit de la nature) nous aide. Nous sommes les servants du dieu du feu.
- Le four est comme une mystérieuse machine temporelle. Les flammes sont un phœnix et la fumée, un dragon. On peut voler dans un monde merveilleux grâce à notre four. La cuisson est un Big Bang où les pièces (étoiles) naissent de la lumière éclatante (espace originel). Le four opère une alchimie, nous rend heureux par son esprit de paix et la multitude des joyaux qu’il nous offre.
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Former des pots au tour
par Masakazu Kusakabe
- Les bons artisans s’entraînent pendant trois ans au pétrissage de l’argile, puis encore sept ans au tournage, soit un total de dix ans !
- La chose la plus importante en céramique est l’argile, puis vient l’argile et enfin l’argile. Il faut toujours être reconnaissants envers l’argile.
- Si vous trouvez de l’argile, vous pouvez la tester en y ajoutant un peu d’eau et en formant un mince boudin dont vous faites un anneau. Si l’argile ne se fissure pas, vous avez trouvé une argile de bonne qualité et vous pouvez alors poursuivre les tests en la cuisant à haute température.
- Si vous fabriquez de l’argile, il faut la laisser reposer pour que les bactéries se développent et la rendent meilleure.
- Il faut pétrir l’argile par une centaine de mouvements afin d’éliminer l’air et la rendre homogène. Suihi-tsuchi en Japonais fait référence à l’argile préparée en la mettant dans l’eau et en filtrant à travers une grille, tandis que tataki-tsuchi désigne l’argile que l’on récupère directement en creusant le sol.
- Il faut contrôler la dureté de l’argile afin de rendre le tournage des pièces plus aisé.
- Il faut aussi utiliser des outils pour couper suivant les pièces et leur section, et se souvenir d’où et quand les utiliser.
- ll faut tourner des formes qui correspondent au caractère de l’argile.
- Il faut la quantité adéquate d’argile pour la pièce que vous souhaitez tourner.
- Il faut utiliser son corps tout entier -doigts, mains, épaules- pour déplacer l’argile dans la direction voulue.
- Il faut garder en tête les sentiments de l’argile pendant que l’on tourne. Les gens doivent garder un esprit ouvert et innocent lorsqu’ils tournent, un peu comme une méditation. L’argile a un cœur.
- Il faut toujours se rappeler que c’ est la ligne intérieure qui compte, et non la ligne extérieure. La forme intérieure doit de plus être formée de façon à limiter le tournassage de la partie extérieure.
- Lorsque l’on tourne, on commence avec le tour réglé à une vitesse très élevée, puis on réduit la vitesse progressivement pour pouvoir donner à la pièce la forme désirée.
- Il faut penser aux deux puissances de la forme, celle qui s’ouvre depuis l’intérieur et celle qui se ferme depuis l’extérieur.
- On peut obtenir une surfacxe très lisse en utilisant un chamois ou un morceau d’éponge. On peut aussi expérimenter avec différents matériaux, ou juste ses doigts, pour créer des surfaces intéressantes et variées.
- Il est possible de réaliser des pièces très rythmiques et mélodieuses en déplaçant ses doigts de long en large.
- Le tournassage du pied d’un pot révèle tout particulièrement la technique du potier. On apprécie ce délicat travail du pied.
- Si vous souhaitez réaliser de très grosses pièces, vous pouvez tourner deux parties séparément pour les joindre ensuite. La partie supérieure devra alors être plus petite que la partie inférieure.
- Pour créer une forme douce, il faut utiliser tous ses doigts sur la pièce. L’utilisation de peu de doigts aboutit à des formes plus dures.
- Si vous désirez une forme intéressante et étrange, vous pouvez commencer à tourner la pièce, puis vous déplacez le centre du tour et poursuivez le tournage de la pièce dans cette nouvelle position excentrée.
- Si vous utilisez une argile qui contient du sable et de petits cailloux, vous pourrez obtenir des formes d’un aspect très naturel. Si vous rajoutez ensuite différentes couleurs et textures en plusieurs endroits, vous obtiendrez une pièce variée et fortement texturée.
- Si vous utilisez exprès une argile de dureté inhomogène, avec des zones plus dures que d’autres, vous pourrez obtenir des formes uniques et intéressantes.
- Vous pouvez créer des formes très confortables en prenant la pièce dans vos mains, en la déformant et la modelant, juste après l’avoir tournée et détachée du tour.
- Vous pouvez commencer par façonner une pièce à la main, puis la terminer au tour (combinaison de deux techniques).
- Quand vous tournez de grosses pièces, regardez-les comme si vous vouliez les embrasser. Quand vous tournez des pièces de petite taille, regardez-les comme un paysage, avec un sentiment universel.
- Vous pouvez composer de nouvelles pièces en joignant des pièces de tailles et formes diverses.
- Vous pouvez obtenir des surfaces très intéressantes en changeant la direction de rotation du tour en cours de route.
- Votre respiration et votre rythme émotionnel peuvent laisser de très belles traces de doigt sur les surfaces de vos pièces.
- La nature a une forme et une atmosphère paisibles et vous devriez tourner en écoutant l’argile. Vous devez penser aux choses formidables qu’il y a dans votre vie avec un sentiment sain et paisible.
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